22 - Faux Picasso, Rembrandt et Kahlo : vaste coup de filet en Europe centrale
La police bavaroise a démantelé un réseau de faussaires internationaux mêlant œuvres falsifiées et faux certificats d’authenticité. Une affaire digne d’un roman policier, qui ébranle une fois de plus le marché de l’art.
Munich – Début octobre, les enquêteurs de la police criminelle bavaroise ont mis la main sur une impressionnante collection d’œuvres d’art contrefaites attribuées à des maîtres tels que Pablo Picasso, Rembrandt, Joan Miró, Amedeo Modigliani et Frida Kahlo.
L’opération, menée conjointement en Allemagne, en Suisse et au Liechtenstein, a mobilisé plus d’une centaine d’agents et abouti à la saisie de peintures, de documents, de téléphones portables et de données numériques.
Au cœur de l’enquête, un Allemand de 77 ans, principal suspect, soupçonné d’avoir orchestré un réseau de fraude artistique avec dix complices présumés. Les investigations, lancées en début d’année, visent à déterminer l’ampleur d’un trafic qui mêlait fausses signatures, faux certificats et ventes douteuses.
Le dossier a émergé de manière pour le moins insolite : le suspect aurait tenté de vendre, directement depuis le coffre de sa voiture, deux prétendus Picasso, dont un portrait de Dora Maar.
« Un acheteur potentiel a contacté nos services, trouvant la transaction suspecte pour des œuvres d’une telle valeur », a expliqué Patrick Haggenmüller, inspecteur principal en charge du dossier.
Les recherches ont rapidement révélé d’autres tentatives de vente : une vingtaine d’œuvres étaient proposées, parmi lesquelles une copie du célèbre tableau de Rembrandt, Les Syndics de la guilde des drapiers d’Amsterdam. Le faussaire demandait la somme ahurissante de 120 millions de francs suisses, affirmant sans ciller que l’original exposé au Rijksmuseum d’Amsterdam n’était qu’une copie.
D’autres pièces ont été saisies, notamment une Vierge à l’Enfant attribuée à Van Dyck et deux vases en céramique signés “Picasso”, proposés à des prix oscillant entre 400 000 euros et 14 millions d’euros.
Le réseau s’appuyait sur des complicités bien établies : une femme suisse de 84 ans et un homme allemand de 74 ans, installé en Rhénanie-Palatinat, auraient fourni de faux certificats d’authenticité pour appuyer les ventes. Les deux ont été interpellés lors des perquisitions, puis remis en liberté dans l’attente des suites judiciaires.
L’enquête se poursuit, mais cette affaire illustre une nouvelle fois la fragilité du marché de l’art face aux faussaires. Malgré les technologies d’authentification et la vigilance accrue des experts, les contrefaçons continuent de circuler, alimentées par la fascination — et parfois l’avidité — que suscitent les grands noms de l’histoire de l’art.